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Tout ce qui n'a pas un contraire n'existerait pas si
 tout ce qui existe n'avait pas un contraire


APOLOGIE
DES CONTRAIRES

 MÉTHODIQUE
   
SUR L’ORIGINE DES CONTRAIRES
ET LEUR PRESTATION DANS LA NATURE



Science & Philosophie
Les Éditions Carte Blanche, Montréal, (Québec), Canada, 2008


                     

QUATRIÈME DE COUVERTURE

L’origine de l’univers, le comportement de la nature, l’éclosion de la vie et la volonté de survivre, voilà autant de sujets de réflexion dont la dynamique des contraires représente les principaux fondements.

    Aux contraires se joignent d’autres contraires d’affinités inverses, opposant l’antimatière à la matière, un antimonde au monde, une anti-intelligence à l’intelligence, voire un antimâle et une antifemelle au mâle et à la femelle. Outre l’intérêt fondamental qui se rattache à ce principe, André Mayer soulève des questions inédites sur la nature des choses et les amène à la raison, à la conscience et à la sensibilité de ses lecteurs. Il leur permettra de faire des découvertes passionnantes, parfois même déroutantes, mais qui toujours sauront donner une perspective nouvelle à leur compréhension de la vie.


    Apologie des contraires est le fruit d’un travail intellectuel laborieux, éclectique, original et audacieux. On y trouve une altitude de pensée, rare de nos jours, et une somme considérable de documentation et de travail de synthèse qui lève le voile sur ce dont est vraiment fait l’univers.


 


EXTRAIT I

PREMIÈRE PARTIE, CHAPITRE II
SUR L'ENVERGURE DE L'UNIVERS


 Dès qu’on a pensé quelque chose, chercher en quel sens le contraire est vrai.
 Simone Weil, La pesanteur et la grâce

L’ESPACE-TEMPS ET L’UNIVERS AVANT LE BIG BANG

C’est en usant adéquatement de la loi ou de la logique des contraires et des réalités liées à la symétrie qui y est impliquée que nous pouvons nous faire une bonne idée de ce qu’était l’univers avant le big bang. Nous nous sommes d’ailleurs servis de ces outils intellectuels de déduction pour conclure que si l’univers est en expansion et qu’il refroidit, c’est qu’il devait au contraire être dense et chaud à l’origine, ou encore que s’il grandit et s’assombrit, c’est qu’il devait au contraire être plus petit et plus lumineux auparavant. Voilà qui est un raisonnement logique assez élémentaire, mais il semble qu’il manque un bout à notre fil conducteur lorsqu’il s’agit d’aller plus loin dans ce sens, en supposant qu’il existe encore là une matière à réflexion qui n’attend que sa juste considération.

   
    Par cette même logique, nous nous imaginerons un univers qui est vraiment le contraire du nôtre et verrons jusqu’à quel point il peut être vrai. Celui-ci ne se limitera donc pas à être plus petit, plus dense et plus lumineux par opposition à l’étendue déliée et obscure de notre univers actuel, les lois de la contradiction sont beaucoup plus structurées que cette simple déduction. Par ailleurs, il ne faudrait pas nous sentir dépossédés à l’approche d’énoncés contraires à ce qui est actuellement admis comme étant des connaissances acquises, si nous utilisons la logique des contraires comme critère de certitude, nous pouvons aussi nous attendre à être contrariés dans nos convictions les plus profondes.


    Pour créer deux univers contraires à partir d’un seul, il nous faut opposer les deux constituants les plus fondamentaux qu’il comporte, qui ne sont pas le tout et le rien que nous opposons parfois pour départir notre univers de son origine inconnue puisque le rien n’existe pas dans le modèle que nous étudierons. Ce sont deux composants bien concrets dans un certain sens et j’ai nommé la matière et l’espace. Considérons-les ainsi : l’espace s’oppose nettement à la matière comme l’infini s’oppose au fini et la matière s’oppose nettement à l’espace comme le fini s’oppose à l’infini. De là, les conditions de la matière et celles de l’espace se trouvent stricto sensu opposées !

    Plus l’espace prend de l’expansion, plus les galaxies s’éloignent les unes les autres et plus elles rapetissent visuellement. Qu’il s’agisse d’un soleil, d’un système solaire ou d’une galaxie, si l’espace s’étendait à l’infini, ces objets finiraient par devenir aussi invisibles par rapport à cette étendue que les atomes le sont pour nous. Mais si l’éloignement des objets les fait rapetisser, leur rapetissement les fait également s’éloigner, et si leur rapprochement les fait grossir, leur grossissement les fait également se rapprocher. Donc, à l’opposé d’un univers dans lequel la matière rapetisse à mesure que l’espace prend de l’expansion, nous pourrions très bien avoir affaire à un univers dans lequel l’espace prend de l’expansion à mesure que la matière rapetisse.

    Cette hypothèse a déjà été proposée mais, pour diverses raisons, elle ne tient pas la route. Que ce soit vraiment le contenant qui grandisse en vue de faire rapetisser le contenu ou le contenu qui rapetisse en vue de faire grandir le contenant, ce n’est pas tant le fait qu’à vue d’œil les objets rapetissent à mesure que l’espace grandit qui compte, mais que la matière régresse à mesure que l’espace progresse, voilà qui est différent ! Toutefois, cela nous amène à nous demander si ce ne serait pas plutôt l’espace qui progresse à mesure que la matière régresse.

    Ce que nous entendons par la régression de la matière, c’est le cheminement qu’elle effectue à partir de son état le plus chaud et le plus léger jusqu’à son état le plus froid et le plus lourd, de sa condition originelle à sa condition actuelle. Bien avant que la matière se soit transformée pour produire des objets et des êtres, elle n’était qu’énergie: la matière est de l’énergie refroidie. Or cela nous conduit à cette autre question : du passage de cet état de pure énergie à celui que nous connaissons aujourd’hui, ne serait-ce pas plutôt une évolution et une progression de la matière qu’une régression ? Eh bien, la réponse est à mi-chemin car elle a régressé au départ et progressé ensuite – à compter de la formation des premiers soleils. Cependant, elle n’aurait pas pu évoluer sans régresser d’abord.

    Au moment du big bang, l’univers débordait de chaleur, de lumière, d’énergie et de matière légère et volatile qui ne laissèrent aucun espace vide. Plus cette matière se contractait, plus elle perdait de l’expansion pour devenir plus froide, plus lourde, plus dense : le froid donne de la densité à la matière, autrement dit, il la matérialise. Simultanément, l’espace se délayait et prenait de l’expansion... Tandis que la matière se contractait, l’espace se décontractait.

    Lorsque la matière perd de l’expansion, l’espace, lui, n’en perd pas ; au contraire, il en prend. Lorsque l’espace prend de l’expansion, la matière, elle, n’en prend pas ; au contraire, elle en perd.

    L’expansion originelle de la matière et sa contraction actuelle qui s’opposent à la contraction originelle de l’espace et à son expansion actuelle seraient de même envergure. Notre espace prendrait donc de l’expansion pour couvrir la même étendue que celle que couvrait la matière avant lui. C’est dire que l’espace s’est mis à progresser à mesure que la matière s’est mise à régresser.

    Il est habituel de se représenter le début de notre univers par un point infiniment petit qui aurait enfermé en une densité toute aussi infinie le volume entier de l’espace et de la matière qui forment notre univers. Sauf que la matière et l’espace ne semblent pas vouloir être infiniment denses en même temps : les deux semblent plutôt évoluer à contre-courant l’un de l’autre. Si l’un est infiniment dense et infiniment petit, l’autre doit être infiniment léger et infiniment grand.


    Reproduisons la scène du big bang à rebours, selon ce qu’il est convenu d’appeler le big crunch, et cela non pas pour décrire l’univers comme il sera mais pour avoir une meilleure idée de ce qu’il était. Dans cette condition, à mesure que la matière contracterait l’espace, sa température augmenterait et elle se dilaterait au point de perdre toute sa densité matérielle pour se transformer en énergie pure… Ultimement, alors que l’espace se serait réduit en une contraction et une densité infinies, la matière atteindrait une expansion et une légèreté infinies qui l’expulserait hors de cet espace alors réduit à rien. Nous présumerons que cette matière était effectivement là avant notre espace, avant notre univers, donc avant le big bang qui donnera libre cours à notre espace et à notre univers. Une fois fermé, bouclé et ramené à rien, notre espace ne nous permettrait pas de voir cette matière qui est de l’autre côté de lui. Nous n’en recevrions la décharge que lorsque notre espace s’ouvre pour prendre de l’expansion et se voir remplir de cette matière […].

    Ce qu’il y a à retenir de cela, c’est que la matière et l'espace forment deux entités qui n’évoluent pas parallèlement : plus l’une régresse, plus l’autre progresse. De plus, un élément nouveau s’y ajoute, à savoir qu’il existerait une matière implicite qui serait très décontractée, aussi légère que notre espace, et qui aurait existé avant lui. Mais toute cette symétrie cache une asymétrie révélatrice. Pour la découvrir, il nous faut impliquer dans nos calculs cette matière tacite que nous appellerons  – faute de mieux – l’essence de la matière ou la matière première dont le repaire se situerait de l’autre côté de notre univers, avant le big bang.

    Sur cette base, nous pouvons facilement imaginer que les lois de notre physique n’ont pas de prise sur cette matière qui aurait l’inconsistance de notre espace. Elle ne serait donc ni énergique, ni particulaire, et ne représenterait pas une densité infinie de la matière mais plutôt la dilatation infinie de celle-ci, jusqu’à y faire régner, au cœur même de cet univers qu’elle emplit et qui est de l’autre côté du nôtre, un calme tel qu’on ne peut se l’imaginer.

    La matière, dans tous ses états, nous apparaît chaude et gazeuse, tiède et liquide, froide et solide. Elle est lumière et obscurité, temps et température, vibrations et ondes. Elle est faite d’espace, d’énergie, de particules, d’esprit, de corps, d’objets, d’une variété de choses en somme ! Mais toutes ces consubstantialités ne représentent toujours pas l’identité de la matière. Malgré ses multiples facettes que nous sommes à même de connaître, nous ne savons pas ce qu’elle est, nous ne connaissons pas sa véritable nature ni son origine. Aussi, lorsque nous parlerons de la matière, il ne faudra pas visualiser quelconque énergie, particule, objet ou état de chose. La matière est tout cela mais elle est bien plus que cela encore et rien de tout cela aussi. Elle n'est pas toujours effective, voire tangible, selon ce que nous entendons comme étant communément matériel, sans pour autant être autre chose que cette même matière qui est dans notre espace comme en dehors de lui. Pour mener à bien ce discours, il importe de ne pas avoir d’idées préconçues sur ce qu’est la matière pour l’instant […].





EXTRAITS DIVERS



Le big bang serait une sorte de chenal qui relierait deux hémisphères décrivant l’univers dans son ensemble où ce qui nous est visible ou accessible ne représenterait que les limites qui circonscrivent cette moitié de l’univers dans laquelle nous sommes.

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Notre univers ne provient pas de nulle part pour se propager partout, il provient de partout et ne se propage nulle part.


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Outre la répartition de l’espace et de la matière, il y en a également une à faire entre l’espace et le temps, mais cela revient au même
puisque nous verrons que les rapports entre l’espace et la matière sont sensiblement les mêmes entre l’espace et le temps. Tout d’abord, l’espace et le temps se rassemblent en un seul et même concept. C’est le continuum espace-temps introduit par Minkowski, en 1908, conformément à la géométrie de l’espace et du temps avancée par Einstein – lorsqu’il formula sa théorie sur la relativité restreinte, en 1905. Ainsi, l’éloignement est une distance attribuée à l’espace qui fait qu’une galaxie peut être loin devant nous ou loin derrière. Cette distance est aussi attribuée au temps qui fait qu’un milliard d’années peut être loin devant nous ou loin derrière; c’est la distance entre deux points dans l’espace et celle entre deux points dans le temps. Elles diffèrent l’une de l’autre en ce qu’une distance dans l’espace implique un temps différent du temps et qu’une distance dans le temps implique un espace différent de l’espace.
   
    Autrement dit, l’espace emploie le temps, un espace dans lequel nous introduisons la vitesse et une règle de distance en centimètres, en mètres ou en kilomètres et la durée en secondes, en heures ou en années… Par exemple, si vous marchez pendant une minute, peu importe la vitesse et la distance, l’espace que vous avez parcouru se calcule en temps, en temps-espace (temps accordé à l’espace parcouru). Mais le temps emploie aussi un espace. Par exemple, si vous demeurez immobile pendant une minute, le temps que vous avez traversé se calcule en espace, en espace-temps (espace accordé au temps écoulé). Quinze milliards d’années nous séparent de l’origine de l’univers, mais cette séparation, qui constitue la distance qui nous en éloigne, se calcule en espace-temps, non en temps-espace. En d’autres termes, nous ne pouvons pas prendre un vaisseau et nous rendre jusqu’au big bang car l’espace qui nous sépare de lui est l’espace accordé au temps – et non le temps accordé à l’espace où nous pouvons toujours nous rendre d’un point à un autre en un certain laps de temps […].

     Si, dans le premier concept, une horloge atomique accumule plus de temps à haute altitude, là où le champ gravitationnel est moins important, dans le second elle accumulera plus de temps à haute vitesse, conformément à la relativité générale d’une part (l’espace dans la matière) et restreinte de l’autre (la matière dans l’espace).

***

Jadis, l'obscurité était intérieure et la lumière extérieure, alors qu’aujourd’hui c’est la lumière qui est à l'intérieur et l'obscurité à l'extérieur. Il n’y a pas de lumière autour de notre univers comme il n’y avait pas d’obscurité autour de lui avant que ne naisse le nôtre. Ainsi en est-il de l’espace confiné dans la matière et de la matière confinée dans l’espace, de l’espace alloué au temps et du temps alloué à l’espace, chaque concept n’étant jamais qu’une transposition de deux entités se retrouvant mutuellement l’une dans l’autre. Au tout début, la matière était à l’extérieur de l’espace et l’espace à l’intérieur de la matière, alors qu’aujourd’hui c’est l’espace qui est à l’extérieur de la matière et la matière qui est à l’intérieur de l’espace. Il n’y a pas de matière autour de notre espace, cela parce qu’elle est en dedans de lui, mais auparavant il n’y avait pas d’espace autour de la matière, ce parce qu’il était en dedans d’elle !

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En d’autres termes, suite au big bang, la matière originelle se serait vidée de son espace intérieur pour donner lieu au vide de son espace extérieur. Notre espace serait donc sorti de cette matière comme un effluve. Il en constituerait en quelque sorte une sécrétion ou un substitut répondant à la contraction de la matière cherchant à atteindre la densité d’un maximum d’énergie possible dans un minimum d’espace possible, soit de l’énergie à l’état pur concentrée dans « zéro espace » (libérée dans l’espace, cela fait une méchante bombe !).

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Lors du big bang, tout notre univers s’est rempli de lumière emprisonnée dans de la matière volatile mais peut-être en sous-estimons-nous l’ampleur : il est bien possible que cette couverture lumineuse et matérielle accusait une étendue encore plus grande que celle de notre espace actuel qui n’en constituerait que les retombées dégénératives, poursuivant toujours son expansion afin de couvrir la même étendue que celle que couvrait cette matière lumineuse avant lui.

    Par ailleurs, on suppose que le foyer d’émergence de notre univers était concentré en un point infiniment petit et qu’en explosant il aurait donné directement naissance à notre espace et à son expansion parsemé de matière. Mais il y a là deux raisons de croire qu’un espace existait déjà avant notre espace. La première est que notre espace ne pourrait définitivement pas prendre de l’expansion s’il n’y avait pas un autre espace à l’extérieur de lui qui pourrait accueillir cette expansion   comme si notre espace se trouvait dans un autre espace.

    La deuxième raison est celle-ci : pour se représenter un point infiniment petit, il nous faut nous imaginer un espace infiniment grand autour de lui. Car en effet, si notre espace n’existait pas encore et qu’il n’y avait pas déjà un espace infiniment grand autour de lui, comment pouvons-nous dire que ce point d’origine de notre univers était infiniment petit ? Au contraire, s’il n’y avait absolument aucun espace autour, c’est qu’il n’y aurait rien eu de plus grand que lui. Dans les faits, qu’une chose unique soit infiniment petite alors qu’il n’existe aucun espace autour, est impossible. Autant en est-il de son expansion dans pareil cas. Alors soit que le foyer d’émergence de notre univers était beaucoup plus grand que nous pourrions l’imaginer, soit qu’il existait déjà un espace infiniment grand autour de lui faisant en sorte qu’il était infiniment petit et qu’il pouvait prendre de l’expansion à l’infini. Si vous avez choisi l’une ou l’autre de ces deux réponses, vous n’avez qu’à moitié raison puisque les deux sont bonnes et se rejoignent, en ce qu’un espace qui serait infiniment grand tout autour, et qui ferait que notre univers était infiniment petit à ses débuts, ne constituerait qu’une déduction de sa grandeur initiale, celle voulant qu’il devait être plutôt infiniment grand à ses débuts du fait qu’il n’existait aucun espace autour.

     Autrement dit, il n’y avait pas d’espace autour de la matière qui formait l’unité originelle de l’univers et qui était de l’autre côté du big bang puisque tout notre espace était en elle et qu’elle représentait l’univers tout entier. Peu importe sa grandeur, n’ayant pas d’espace autour d’elle, rien ne pouvait exister de plus grand. Son seul objectif ne pouvait être que de se contracter jusqu’à l’infiniment petit pour expulser l’espace qui était en dedans d’elle afin de se retrouver en dedans de lui et de constituer ainsi la matière renfermée dans l’espace expansif de notre univers qui ne représente dès lors non pas tout l’univers mais qu’une partie de l’univers.

    Dans son ensemble, l’univers ne sera jamais plus grand qu’il a toujours été et jamais plus petit non plus. La seule chose qu’il ne possède pas, c’est un extérieur, tout se passe en dedans. Tout ce qu’il peut faire pour avoir un extérieur à lui, c’est de se retrouver à l’intérieur de ce qui est à l’intérieur de lui. C’est là qu’il constituera un univers contraire, en niant ce qu’il est pour affirmer ce qu’il n’est pas en primauté, soit le fait de se retrouver à l’intérieur d’un espace qui lui est extérieur, et non plus à l’extérieur d’un espace qui lui est intérieur. S’y verrait donc deux extérieurs dont un premier serait l’étalon de l’autre […].

***

C’est une erreur de croire que tout provient du passé. Le passé est secondaire au présent, il en est la négation, il ne peut pas y avoir de passé sans écoulement du présent, le passé est le futur du présent. Or donc, tout commence obligatoirement par le présent, il n’y avait pas de passé avant lui, le passé vient après, et c’est après cela que nous pouvons voir qu’il y a un passé avant nous, mais le présent est toujours avant lui. Le simple fait de considérer le temps dans le sens de présent-passé-présent ou dans celui de passé-présent-passé n’est pas banal, cela nous donne une perception complètement différente des choses, de la vie, de l’existence et de la réalité […].

***

Rien ne vient d’ailleurs, rien n’est étranger à l’univers. Toutes les choses qui existent dans l’univers dérivent, découlent ou proviennent les unes des autres. Trouver le bon chemin qui les ramènerait chacune à leur origine respective les ferait disparaître tour à tour jusqu’à ce que nous arrivions à l’unité originelle de toute chose.

***

La matière ne provient pas de l’espace, c'est l'espace qui provient de la matière. Il est intéressant de constater combien la réalité peut être contraire à ce qui nous vient spontanément à l’esprit du fait que nous nous sentons plus près de tel concept mais, pour autant que nous sachions encore distinguer l’être de l’avoir, la matière n’a pas d’origine : elle est l’origine !

***

À ce concept d’un espace dans la matière du côté lumineux de l’univers, et d’une matière dans l’espace du côté obscur, il convient d’apporter une précision qui fera toute la différence. Cette symétrie entre les deux hémisphères de l’univers n’est pas parfaite puisque, de ce côté-ci de l’univers, nous pouvons très bien différencier l’espace et la matière tandis que, de l’autre côté, nous ne pouvons pas différencier l’un de l’autre. De fait, nous avons raison de croire qu’au commencement l’espace et la matière étaient tous deux infiniment denses en même temps car, de l’autre côté, ils sont tous les deux infiniment légers en même temps. Ce n’est que de ce côté-ci de l’univers que la matière et l’espace se distinguent, se séparent et se contrarient, mais de l’autre côté nous ne pouvons pas les différencier, l’espace est à proprement parler de la matière et n’existe pas en dehors d’elle. Il constituera une négation de la matière comme l’infini constitue une négation de la fin.

    Au même titre, en insinuant que jadis, l’obscurité était dans la lumière alors qu’aujourd’hui c’est la lumière qui est dans l’obscurité, cela signifie que, de ce côté-ci de l’univers, nous pouvons très bien différencier la lumière et l’obscurité tandis que, de l’autre côté, nous ne pouvons pas différencier l’une de l’autre. Ce n’est que de ce côté-ci de l’univers que la lumière et l’obscurité se distinguent, se séparent et se contrarient, mais de l’autre côté nous ne pouvons pas les distinguer, l’obscurité est à proprement parler de la lumière et n’existe pas en dehors d’elle. Elle résultera de la négation de la lumière et par conséquent, elle n’est pas visible dans la lumière,
elle n’a pas d’existence propre dans celle-ci.
Nous pouvons voir la lumière dans l’obscurité, mais non l’obscurité dans la lumière.

   
Idem en ce qui a trait au chaud et au froid
. Du côté obscur et froid de l’univers, là où le chaud est dans le froid de l’espace, nous pouvons très bien distinguer le chaud du froid, alors que de l’autre côté, où c’est le froid qui est dans la chaleur, il n’est pas visible ou encore non existant et en constituera éventuellement la négation. Nous pouvons donc voir la chaleur dans le froid, mais non le froid dans la chaleur. Qui plus est, nous verrons que c’est exactement le même scénario pour tout ce qui, par définition, est positif et négatif et qui se retrouvent l’un dans l’autre et l’autre dans l’un ! Tout est relié avec ce qui est en dedans et en dehors, avec ce qui entre et qui sort !

***

La matière possède une double nature, elle est matière et espace, alors que l’espace est simple, il n’est qu’espace. Nous pouvons voir l’espace sans matière, de même que la matière dans l’espace. Par contre, nous ne voyons pas aussi clairement l’espace dans la matière, ni la matière sans l’espace, sinon pas du tout, mais ces concepts existent pourtant. Il semble que l'espace cherche à s'éloigner de la matière et, de la sorte, la réduire à rien pour s'isoler complètement d'elle, mais cela n'est que le contraire de ce qu'est l'univers primordialement.

Parenthèse : ces deux espaces n'ont pas les mêmes dimensions et il serait bien difficile de les rationaliser en un tout. Nous ne pouvons pas faire de l'extérieur et de l'intérieur à la fois un seul des deux! Au même titre, la physique classique diffère de la physique quantique, en ce que l’une réfère à un espace infiniment grand et se consacre à l’étude de l’espace et de la matière qui est en dedans de lui, alors que l’autre se réfère à un espace infiniment petit et se consacre plutôt à l’étude de la matière et de l’espace qui est en dedans d’elle. Si, en physique classique, nous pouvons distinguer l'espace et la matière, ce n'est pas toujours le cas en physique quantique où il devient possible de confondre les deux et d’obtenir des équations extra-dimensionnelles qui, à titre d'exemple, rappellent singulièrement
l'espace de M.C.Escher dans Relativity




EXTRAIT II

PREMIÈRE PARTIE, CHAPITRE I
L’UNITÉ ORIGINELLE DE L'UNIVERS


Extraits sur
l’asymétrie du chaud et du froid/de la lumière et de l’obscurité

Tout homme plongé dans l’obscurité écarquille les paupières
comme si de plus de ténèbres absorbées pouvait naître la lumière.
René Barjavel, Colomb de la lune, Folio, n° 955
Si le froid n’existait pas, le chaud n’aurait aucune signification. Telle est la signification du froid: le chaud sans signification. Au risque que cela puisse paraître paradoxal, si le froid existe, c’est précisément parce qu’il n’existe pas. Le froid est l’insignifiance de la chaleur, et c’est grâce à son insignifiance que la chaleur devient significative. Plus elle devient insignifiante, plus elle devient significative. Il n’y a pas de froid qui constitue une entité distincte ou indépendante de la chaleur ou qui provienne d’une autre source qu’elle. Le mot « froid » désigne une chaleur infinitésimale. En dépit de cette appellation qui lui est propre, le froid ne constitue pas moins la chaleur.

    Il ne faut pas voir l’existence de deux facteurs dont l’un serait chaud et l’autre froid, car il n’en existe qu’un seul et c’est la chaleur, exprimée sous forme positive ou sous forme négative. Le froid n’existe pas en tant que principe, il représente de la chaleur négative, mais de la chaleur tout de même.

    Pareillement, si l’obscurité n’existait pas, la lumière n’aurait aucune signification. Telle est la signification de l’obscurité: la lumière sans signification. Au même titre que le froid en regard de la chaleur, si l’obscurité existe, c’est précisément parce qu’elle n’existe pas. L’obscurité est l’insignifiance de la lumière; c’est parce que l’obscurité n’existe pas que la lumière devient insignifiante, et c’est grâce à son insignifiance que la lumière devient significative. En somme, plus elle devient insignifiante, plus elle devient significative. Il n’existe pas d’obscurité qui constitue une entité distincte ou indépendante de la lumière ou qui provienne d’une autre source qu’elle.

    Le froid et l’obscurité représentent une négation de la chaleur et de la lumière, les seules manifestations préalablement existantes.

***
 
Selon la loi des contraires, la position que prend la chaleur par rapport à celle du froid n’a pas d’action réciproque. Essentiellement, le froid est une conversion de chaleur mais la chaleur n’est pas une conversion de froid. D’autre part, un corps chaud peut transmettre sa chaleur à un corps froid, mais un corps froid ne transmet pas sa froideur à un corps chaud. Cette asymétrie crée des restrictions naturelles qui font que les choses ont un sens, que l’univers est sensé, qu’il est orienté dans une direction, qu'il a une origine bien distincte !

***

Il se trouve un aspect des choses où la chaleur domine sur le froid et un autre où la chaleur domine sur la chaleur, telle une chaleur éclipsée par une autre chaleur plus intense. La chaleur peut donc masquer une chaleur moins importante, comme elle le fait pour le froid. Au contraire, le froid ne masque pas un froid moins important, comme il ne masque pas la chaleur (entendu que nous ne parlons pas d’air climatisé ici, mais du phénomène naturel des choses).

Le chaud ne nie pas le froid, il le domine. Le froid ne domine pas le chaud, il en est la négation.

    La régression de la chaleur peut donner l’impression que le froid progresse, et la progression de la chaleur peut donner l’impression que le froid régresse, alors qu’en fait, seule la chaleur augmente et diminue d’intensité. Le froid n’augmente ni ne diminue, ne monte ni ne descend, ne progresse ni ne régresse; complètement passif, il se tient au fond, immuable.


    Au risque d’abuser de la patience de ceux et celles qui ont d’emblée saisi ce qu’implique cette relation, je me permets de la reproduire en prenant pour thème la lumière. Il se trouve un aspect des choses où la lumière domine sur l’obscurité, et un autre où elle domine sur la lumière, telle une lumière éclipsée par une autre lumière qui serait plus intense.

    La lumière peut donc masquer une lumière moins importante, comme elle masque l’obscurité. Au contraire, l’obscurité ne masque pas une obscurité moins importante, comme elle ne masque pas la lumière. La lumière ne nie pas l’obscurité, elle la domine. L’obscurité ne domine pas la lumière, elle en est la négation.

    La diminution de l’intensité de la lumière peut donner l’impression que l’obscurité progresse, et la progression de l’intensité lumineuse peut donner l’impression que l’obscurité régresse, mais seule la lumière augmente et diminue d’intensité. L’obscurité n’augmente ni ne diminue, ne monte ni ne descend, ne progresse ni ne régresse; complètement passive, elle se trouve au fond, immobile. Il n’y a pas différents degrés d’obscurité. Il y a différents degrés de lumière dans une obscurité unique, comme il y a différents degrés de chaleur dans un froid unique.

    En somme, c’est comme si la lumière disposait d’une double fonction, celle de dominer à la fois sur l’obscurité et sur une lumière moins intense, alors que l’obscurité n’a aucune fonction de ce genre. La même chose s’applique au froid par rapport à la chaleur.

    Contrairement à leur valeur originelle, la lumière apparaît donc comme une acquisition dans l’univers tandis que l’obscurité semble plutôt innée. Il peut y avoir absence de lumière, mais il n’y a pas absence d’obscurité. Il peut y avoir gain de lumière, mais il ne peut y avoir gain d’obscurité.

    Il peut y avoir absence de chaleur, mais il n’y a pas d’absence de froid. Il peut y avoir gain de chaleur, mais il ne peut y avoir gain de froid.

***

Nous aurions pu prendre ce chapitre et remplacer les mots lumière et obscurité ou ceux de chaleur et de froid, par n’importe quel thème comprenant une valeur positive et négative: ils entrent tous dans le texte comme dans un moule.

    À titre d’exemple, nous pourrions dire qu’il y a différents degrés de santé et une mort unique qui se tient au fond des choses, immuable, attendant l’ultime épuisement. Nous pouvons avoir une bonne ou une mauvaise santé, la première dominant la seconde comme elle domine la mort, mais la mort ne domine ni l’une ni l’autre, elle ne domine ni la maladie ni la santé. Par ailleurs, et contrairement à la santé, il n’y a pas de bonne ou de mauvaise maladie. La maladie est le nom donné à une mauvaise santé, mais la santé n’est pas le nom donné à une bonne maladie.

    La vie n’est pas la perte de la mort, c’est la mort qui est la perte de la vie, car la vie se gagne et se perd, la mort ne se gagne et ne se perd pas.  Il n’y a de perte que s’il y a gain. Or il peut y avoir gain de vie, mais il ne peut y avoir gain de mort, il peut donc y avoir perte de vie, mais il ne peut y avoir perte de mort.

    La vie ne nie pas la mort, elle la domine. La mort ne domine pas la vie, elle en est la négation.



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Comme l’absence du froid justifie celle de la chaleur et l’absence d’obscurité justifie celle de la lumière, nous pouvons en inférer qu’en raison de l’inexistence du froid, la chaleur originelle s’est refroidie pour faire place au froid qui constitue aujourd’hui le fond de l’univers. À son tour, ce froid fait renaître la chaleur par le truchement des étoiles qui représentent une réplique miniaturisée du foyer originel, après quoi la présence de cette chaleur finit par chasser le froid environnant. Ce trait dominant de la chaleur sur le froid et de la lumière sur l’obscurité constitue toute l’essence de l’univers.

    Seule la lumière existe. L’obscurité n’existe pas. C’est pourquoi la lumière devient obscure et de là nous concevons que l’obscurité et la lumière existent. De même, la chaleur est aussi seule à exister, le froid est l'état second de la chaleur mais la chaleur n'est pas l'état second du froid. Toute négation s'explique ainsi, par rapport à une valeur originellement positive. Le contraire c'est la négation. Il n'y a qu'un contraire, non deux; la valeur positive originelle n'est essentiellement pas un contraire, mais le deviendra par opposition à sa négation, principal motif de la contradiction !

    En disparaissant, la chaleur fait d’abord apparaître le froid, puis elle le fait disparaître en réapparaissant. La chaleur dispose donc d’un double pouvoir, celui de faire apparaître et disparaître le froid, en disparaissant d’abord et en apparaissant ensuite. Quant au froid, son rôle consiste à faire réapparaître la chaleur, d’où la figure de complémentarité qui lui est assignée. Cette fonction du froid dépend du fait que ce n’est pas sa présence qui fait disparaître la chaleur, mais plutôt la disparition de la chaleur qui le fait apparaître : une nuance non négligeable à la base de leur asymétrie qui met en évidence la disparité des natures respectives de la chaleur et du froid. Il ne s’agit pas de la nature de deux valeurs, mais d’une seule et unique valeur exprimant deux natures d’elle-même. Tous les contraires, tout ce qui possède un caractère positif et négatif, ont cette même asymétrie. L’asymétrie des contraires est le socle de l’équilibre de l’univers.

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En résumé et en principe, nous pouvons dire que tel ou tel objet est chaud, moins chaud ou plus chaud, mais non qu’il est froid, plus froid ou moins froid. Nous utilisons le mot froid dans notre vocabulaire comme s’il avait une portée symétrique et indépendante de la chaleur, alors qu’il s’agit toujours de chaleur. C’est la même chose en ce qui concerne la lumière et l’obscurité.

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Au début, il n’y avait que la lumière et pas d’obscurité autour, l’obscurité et le froid n’ont pas toujours existé. La lumière et la chaleur, sans l’obscurité et le froid, n’ont aucune signification ; elles deviennent insignifiantes. Et c’est par cette diminution que se manifestent l’obscurité et le froid qui représentent de la lumière et de la chaleur insignifiantes. Dès lors, à partir de leur existence, nous pouvons les considérer de façon symétrique et croire en une inexistence possible ou éventuelle de la lumière et de la chaleur, en tout cas en leur disparition au profit de l’apparition de l’obscurité et du froid qui forment la toile de fond de notre univers. Ce qui est remarquable dans cela, c’est que l’univers arrive à donner une existence à ce qui préalablement n’en a aucune pour mettre en valeur ce qui existe au préalable !

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C'est bien parce que la négation n'existe pas qu'elle existe, et elle existera à un point tel que l'on finira par considérer qu'elle est la réalité ultime et que c'est la valeur positive qui n'existe pas fondamentalement
sinon qu'elle constitue une valeur secondaire, alors que la réalité est tout le contraire!

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Le froid ne descend pas à l’infini et la chaleur ne s’élève pas à l’infini dans l’univers. Il existe des limites au-delà et en deçà desquelles il n’y a pas plus chaud ni plus froid, s’agissant de limites pouvant être définies comme étant le sommet et le fond de l’univers où l’on trouve, de part et d’autre, une grande accalmie.
 
    La température la plus basse que l’univers puisse atteindre correspond au zéro absolu et la température la plus élevée à l’unité absolue. Cette dernière équivaut à un degré; c’est le degré absolu de l’univers, sa chaleur absolue, il ne peut pas y avoir plus chaud. Toutefois, cette unité de chaleur est également un zéro : comme le zéro absolu signifie zéro chaleur, le zéro de l’unité absolue signifie zéro froid. Alors, dans l’un, la chaleur est égale à zéro et, dans l’autre, le froid est égal à zéro. Chacun de ces deux zéros représente une mort thermique, ce n’est qu’entre ces deux absolus qu’il y a de l’agitation, mais aux absolus eux-mêmes, là où la nature de l’autre est inexistante ou équivalente à zéro, c’est le calme plat !

    Un degré de chaleur de moins ou de plus aux deux extrémités de l’univers suffit donc pour troubler leur repos mais il est impossible d’ajouter un degré de chaleur à l’unité absolue ni d’en enlever un au zéro absolu : nous ne pouvons qu’en ajouter au zéro ou en enlever à l’unité. Toute l’histoire de notre univers procède d’un degré de chaleur de moins à partir de cette unité absolue, et non d’un degré de chaleur de plus à partir du zéro absolu. Remarquez aussi que nous parlons de degré de chaleur et que, de l’unité absolue jusqu’au zéro absolu, il n’est toujours question que de chaleur.

 





EXTRAIT III


DEUXIÈME PARTIE, CHAPITRE II
L’OUTRANCE POSITIVE

Il n’est que de vivre : on voit tout et le contraire de tout.
Charles-Augustin Sainte-Beuve


L’ENVERS DE LA MÉDAILLE

Si nous examinons à la loupe un timbre-poste, nous constatons que plus nous éloignons l’objectif, plus l’image observée prend de l’ampleur, et que, si nous excédons les limites de la puissance de la lentille, l’image ainsi obtenue apparaît inversée. Cela démontre que tout ce qui se situe à la limite d’une valeur positive est potentiellement réversible, et le devient effectivement lorsque la limite est franchie.

    L’accoutumance à certains produits exige une dose de plus en plus forte de ce à quoi l’organisme est devenu insensible pour en soutirer l’effet désiré. Il arrive cependant qu’en en consommant trop, nous obtenions l’effet contraire à celui recherché. Songeons par exemple à tous ces médicaments qui, en dépit des bienfaits qu’ils procurent, peuvent entraîner à la longue des effets contraires s’il en est fait usage au-delà de la limite qui représente le potentiel absolu du produit. Une lame trop aiguisée perd son tranchant, dit le sage. À vouloir faire mieux, nous risquons parfois de gâcher ce qui est déjà bien et d’en faire quelque chose de pire, tel le fait d’exagérer une qualité au point d’en faire un défaut.

    En fait, tout est bon dans la mesure où il n’y a pas d’abus. Abuser d’une bonne chose, c’est comme abuser d’une mauvaise chose. Ne pas abuser d’une mauvaise chose, c’est comme ne pas abuser d’une bonne chose. Un abus de saleté sur une étoffe finira par ronger le tissu. Un abus de lavage finira par l’user. Selon le cas, nous pourrons remédier à ces deux situations fâcheuses soit en lavant le tissu, soit en cessant de le laver.

    Abuser de la forme positive donne un résultat négatif, mais c’est une négation d’un tout autre genre : un tissu usé est bien différent d’un tissu rongé ; l’une de ces négations est de nature positive et l’autre de nature négative.

    De la même manière, une eau qui serait trop polluée ne permettrait pas à la vie de se développer, mais une eau qui serait trop pure ne le permettrait pas davantage. Là encore, nous pourrons remédier à la situation en purifiant l’eau ou en cessant de la purifier, selon le cas. Nous obtiendrons, d’une eau trop polluée comme d’une eau trop pure, deux résultats stériles, deux réponses négatives, l’une de nature négative et l’autre de nature positive.

    S’il n’existait que la lumière, nous n’y verrions strictement rien. De même, s’il n’existait que l’obscurité, nous n’y verrions pas plus. Nous pourrons résoudre le problème causé par une obscurité extrême en lui ajoutant de la lumière. Par contre, nous ne résoudrons pas le problème causé par une lumière extrême en lui ajoutant de l’obscurité, mais plutôt en diminuant l’intensité de la lumière.

    Ce n’est que dans la combinaison adéquate de lumière et d’obscurité que nous arrivons à voir clair. Dans le cas d’une exposition à un niveau extrême, les deux facteurs considérés individuellement aboutissent tous deux à des résultats négatifs, à savoir que celui qui y est soumis n’y voit plus rien mais à cette différence que, dans le cas d’une exposition à une lumière trop intense, il ne voit rien parce qu’il est aveuglé alors que, dans le cas d’une exposition à l’obscurité totale, il est aveuglé parce qu’il ne voit rien.

    Portés à l’extrême, la chaleur comme le froid provoquent des brûlures. La nature remédie à un problème de froid extrême en ajoutant de la chaleur, mais elle ne pallie pas un problème de chaleur extrême en ajoutant du froid, mais plutôt en diminuant l’intensité de la chaleur. Ces deux négations de nature opposée se distinguent essentiellement en ce que les brûlures occasionnées par la chaleur partent d’abord de la surface du corps affecté pour atteindre ensuite ses couches internes, alors que celles occasionnées par le froid partent plutôt des couches internes du corps affecté pour gagner sa surface.

    Comme le dit Honoré de Balzac dans La cousine Bette : « Les sentiments nobles poussés à l’absolu produisent des résultats semblables à ceux des plus grands vices. » Si le défaut qui s’oppose à la qualité d’être perfectionniste est celui d’être négligent, pousser son perfectionnisme à l’extrême risque de faire de cette qualité un défaut qui ne diffère de la négligence que par sa provenance. Le perfectionniste néglige la négligence, et le négligent néglige la perfection. Dans les deux cas, le défaut est la négligence, mais l’une de ces deux négligences est de nature positive et l’autre négative.

    Nous ne pouvons pas parer au défaut d’une qualité poussée à l’extrême de la même manière que nous suppléons au défaut lui-même. Par exemple, le remède qui guérit un malade peut au contraire rendre malade une personne en santé à qui il est administré. Celle qui est malade et qui prend le remède recouvrera la santé, alors que celle qui est en santé et absorbe le médicament sera malade. Bien que cela concerne deux personnes malades, il existe une légère différence dans la maladie de chacune et elles ne recouvreront pas la santé de la même manière. Dans le premier cas, le malade guérira en absorbant le médicament, alors que dans l’autre il guérira en cessant de l’absorber. Comme le veut l’expression populaire, le remède est dans le poison : il guérit le malade et empoisonne celui qui ne l’est pas.

    Au XIXe siècle, un médecin allemand du nom de Samuel Hahnemann découvre qu’une potion à base d’écorce de quinquina, un arbuste de la famille des Rubiacées, utilisée pour traiter la fièvre, déclenche le même accès de fièvre lorsqu’elle est administrée à un individu sain, au même titre que l’oignon peut faire cesser le larmoiement causé par certaines allergies, comme le rhume des foins par exemple, alors qu’il le provoque chez un individu bien portant… En 1810, Hahnemann publie un ouvrage qu’il intitule Organon der Heilkunst « Organon de l’art de guérir » et fonde la médecine homéopathique : une substance provoquant des symptômes chez un individu sain serait donc susceptible de guérir un malade présentant les mêmes symptômes. Ce constat date de la médecine hippocratique, mais la méthode fut peu élaborée jusqu’alors et se verra par la suite classée parmi les médecines douces ou la médecine non conventionnelle…

    L’addition de deux positifs donne un résultat négatif, comme l’addition de deux nombres impairs donne un nombre pair. Ainsi guérit-on le semblable par le semblable « Similia similibus curantur », le positif par le positif, le résultat devenant négatif. Cela ne s’applique cependant qu’à la valeur positive, car l’addition de deux négatifs donnera toujours un résultat négatif, comme celle de deux nombres pairs donnera toujours un nombre pair. Deux positifs vont générer un effet contraire, mais ce n’est pas le cas de deux négatifs. La solution des deux opérations donne donc un résultat négatif.

    Seule l’addition d’un positif et d’un négatif donne un résultat positif. En ce qui a trait à l’homéopathie, puisque deux négatifs donnent toujours un négatif, on parle de guérison des contraires par les contraires « Contraria contraris curantur », il s’agit donc de substances ayant un effet anti, tels les antibiotiques, les antidépresseurs ou les anti-inflammatoires par exemple. On peut atténuer un effet positif soit par une formule négative (son contraire), soit par une formule positive (son semblable), mais on n’atténue un effet négatif que par une formule positive, par son contraire, jamais par son semblable puisqu’on n’obtiendra aucun résultat positif d’un négatif sur un négatif !

    De ce qui précède, il ressort que le caractère abusif, outrancier, extrême ou excessif de la valeur positive occasionne toujours un résultat négatif similaire à la négation même, et que, dans les deux situations, le résultat obtenu ne se corrige pas de la même façon. Dans un cas, nous remédierons à la situation par un ajout de positivité, et dans l’autre en cessant l’ajout de positivité.

    Rire est une exclamation de joie associée au positif. Pleurer est une exclamation de tristesse associée au négatif. N’est-ce pas là une transition magnifique que de rire à en pleurer ? Lorsqu’on franchit l’apothéose d’une joie on en pleure. Bien que pleurer soit une négation, il y a une différence entre pleurer de joie et pleurer de tristesse. L’une de ces négations relève du positif et l’autre du négatif. Enlevez de la joie à l’un et donnez-en à l’autre et les deux cesseront de pleurer !

    Trop, c’est comme pas assez ! Quelqu’un qui ne fait que travailler risque de sombrer dans la dépression à un moment donné, la même chose guette celui qui ne travaille pas du tout. L’idée serait que le premier travaille moins et que le second travaille plus !

    Il peut être remédié aux ennuis causés par un efféminement chez l’homme à l’aide d’une médication aux androgènes. Il est à noter cependant que l’administration d’androgènes à trop forte dose chez un mâle jugé normal peut au contraire provoquer l’apparition d’attributs féminins, notamment l’atrophie des testicules et la perte de pilosité. Nous pallierons donc la féminité de l’un par un traitement aux hormones mâles et celle de celui considéré d’emblée comme étant normal en interrompant le traitement.

   Les effets féminisants causés par l’administration massive d’hormones mâles chez le mâle ne conduisent pas nécessairement à une femelle proprement dite. En somme, portée à la démesure, la valeur positive finit par entraîner l’usure du sujet plutôt que de le transformer en son contraire.

    Toutefois, il est vraisemblable qu’une administration massive d’hormones mâles chez un mâle appartenant à certaines espèces primitives puisse faire disparaître les caractéristiques mâles du sujet et produire une femelle fonctionnelle ; nous en reparlerons plus loin.

    Une administration d’hormones mâles chez la femelle lui conférera des attributs masculins, comme l’administration d’hormones femelles chez le mâle lui conférera des attributs féminins. Cependant, si l’administration massive d’hormones mâles chez le mâle peut entraîner des effets féminisants, une administration aussi massive d’hormones femelles chez la femelle n’entraînera pas d’effets masculinisants. Si un excès de valeur positive donne un effet négatif, un excès de valeur négative ne donne pas d’effet positif.

     Le fait d’obtenir un résultat négatif en faisant un usage excessif ou abusif de la valeur positive indique que celle-ci possède bel et bien une limite, un plafond. Au contraire, le fait que nous n’obtenions pas d’effet positif en abusant de la valeur négative suggère que nous pourrions en user indéfiniment.

    L’abus de la valeur négative ne la rend pas positive ; elle demeure négative. Ce n’est pas en poussant un défaut à l’extrême que nous en ferons une qualité. Nous ne pouvons pas davantage dire qu’à force de vouloir faire pire nous risquons d’améliorer ce qui est déjà mal et d’en faire quelque chose de bien. Ce n’est pas davantage en faisant un usage abusif d’une lame que nous lui donnerons plus de tranchant. Au contraire, un emploi abusif le lui fera perdre et la lame demeurera émoussée tant qu’elle n’aura pas été aiguisée, tant que nous ne lui ferons pas un apport positif. C’est justement par un tel apport que la négation peut devenir positive.

    Par l’ajout de positif, nous pouvons obtenir un positif d’un négatif et un négatif d’un positif. En revanche, par l’ajout de négatif, nous n’obtiendrons pas un positif d’un négatif, pas nécessairement un négatif d’un positif non plus, car le positif domine le négatif ; il annule, dans certains cas, les effets de la négation qui lui est ajoutée, d’autant plus que la négation est une déduction du positif et ne s’ajoute pas à lui ; c’est plutôt lui qui s’ajoute à elle.






EXTRAIT IV

LE GRAND QUATERNAIRE

(Le système d’engrenage)

Il y a trois choses insatiables et quatre qui jamais ne disent : «Assez!»
Proverbes 30, 15.

LA QUADRATURE DU CERCLE ET LES RELATIONS TERNAIRE/QUATERNAIRE

Pour les fins de notre exposé, nous allons emprunter les symboles représentant les chiffres six et neuf. Ces deux figures, qui en fait relèvent d’un seul et même symbole tourné sur lui-même, se prêtent bien à la démonstration que nous nous apprêtons à faire. Un seul symbole donc, mais deux figures auxquelles nous accorderons une valeur distincte et complémentaire.

   
Divisons un cercle en deux dans son axe vertical, puis en quatre dans son axe horizontal, et voyons comment nous pouvons obtenir 9 à partir de son complément 6.

    
Si nous faisons pivoter 6 vers la droite autour de son axe vertical jusqu’à son antipode, ce qui représente une rotation à cent quatre-vingts degrés, nous obtenons la figure suivante :


En le faisant pivoter vers la gauche, nous arrivons à une figure similaire, non plus face à face mais dos à dos :

   

C’est comme si nous avions placé un miroir plan devant et derrière la figure 6 :





Les deux se trouvant à chaque extrémité représentent deux figures identiques orientées à la fois dans la même direction et en sens inverse du 6 situé au centre.


Si nous faisons pivoter le 6 sur son axe horizontal vers le bas, nous obtenons cette figure-ci :

En le faisant pivoter vers le haut, nous aboutissons à cette figure similaire, non plus tête à tête mais queue à queue :
 
C’est comme si nous avions disposé un miroir plan en dessous et au-dessus de 6 :
 
Les deux se trouvant à chaque extrémité représentent également deux figures identiques. Tous deux sont orientés dans la même direction, en sens inverse du 6 situé au milieu.

L’ensemble de ce que nous venons de réaliser correspond à ceci :

Cela nous donne deux nouvelles figures dont l’une représente l’opposé horizontal de 6, soit , et l’autre son opposé vertical qui correspond à . Aucune d’elles ne représente le complément de 6 que nous recherchons et qui est 9. Contrairement à ces deux nouvelles figures, le 9 est orienté dans le même sens que le 6 et constitue l’opposé horizontal de l’opposé vertical de 6, soit :


et/ou l’opposé vertical de l’opposé horizontal de 6, soit :



À partir de 6, nous avons donc obtenu 9 de haut en bas et de gauche à droite, ou encore de gauche à droite et de haut en bas. Deux résultats qui vont en sens inverse l’un de l’autre :


Ou deux roues qui se laissent également observer comme s’il s’agissait de deux triangles :
      

Ces triangles disposés l’un dans l’autre forment une roue entière que nous pouvons considérer comme représentant un carré parfait dont la moitié tourne dans un sens, et l’autre en sens inverse :
 
Ces deux moitiés permettent à la roue entière de tourner dans un sens ou dans l’autre :
 

Poursuivons en faisant place à une chambre noire comme celle utilisée en photographie au sténopé :

 
Admettons que l’objet photographié est la figure 6 et que la figure 9 représente son image renversée. À l’ouverture de la boîte, verticales et horizontales se croisent pour produire une image renversée de l’objet.

Pour atteindre 9, le 6 passe nécessairement par  ou par :

 
 

Ou par les deux à la fois :

 
 
Lorsque le 6 passe par les deux à la fois pour atteindre 9, c’est-à-dire par  et , l’image renversée de 6 est dédoublée : nous obtenons alors deux 9 plutôt qu’un. Nous pouvons constater ce phénomène en observant un objet de petite taille à l’aide d’une loupe que nous éloignons ensuite suffisamment de l’objet. Nous obtenons d’abord une image renversée puis, après avoir dépassé le seuil des axes verticaux et horizontaux appropriés à la puissance de la lentille, nous obtenons une seconde image par déviation de la lumière : renversée et identique à la première, elle apparaît dans la direction opposée de l’autre, si bien que nous ne saurions distinguer laquelle des deux est le vrai reflet de l’objet puisqu’ils sont vrais tous les deux.

    Les 6 et 9 sont complémentaires et tournent dans le même sens, dans un sens ou dans l’autre. Mais que représentent donc les figures  et qui les séparent ?

    Il s’agit également de figures complémentaires effectuant une rotation dans le même sens, soit dans l’un ou dans l’autre, mais toujours dans le sens inverse de 6 et de 9.
 
   
En réunissant les figures 6 et 9 l’une dans l’autre et en faisant la même chose avec et , nous pouvons observer la direction inverse de leur rotation respective, dont l’aspect général rappelle celui des galaxies spirales :