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Tout ce qui n'a pas un contraire n'existerait pas si
 tout ce qui existe n'avait pas un contraire


APOLOGIE
DES CONTRAIRES

 MÉTHODIQUE
   
SUR L’ORIGINE DES CONTRAIRES
ET LEUR PRESTATION DANS LA NATURE



Science & Philosophie
Les Éditions Carte Blanche, Montréal, (Québec), Canada, 2008


                     

QUATRIÈME DE COUVERTURE

L’origine de l’univers, le comportement de la nature, l’éclosion de la vie et la volonté de survivre, voilà autant de sujets de réflexion dont la dynamique des contraires représente les principaux fondements.

    Aux contraires se joignent d’autres contraires d’affinités inverses, opposant l’antimatière à la matière, un antimonde au monde, une anti-intelligence à l’intelligence, voire un antimâle et une antifemelle au mâle et à la femelle. Outre l’intérêt fondamental qui se rattache à ce principe, André Mayer soulève des questions inédites sur la nature des choses et les amène à la raison, à la conscience et à la sensibilité de ses lecteurs. Il leur permettra de faire des découvertes passionnantes, parfois même déroutantes, mais qui toujours sauront donner une perspective nouvelle à leur compréhension de la vie.


    Apologie des contraires est le fruit d’un travail intellectuel laborieux, éclectique, original et audacieux. On y trouve une altitude de pensée, rare de nos jours, et une somme considérable de documentation et de travail de synthèse qui lève le voile sur ce dont est vraiment fait l’univers.


 


EXTRAIT I

PREMIÈRE PARTIE, CHAPITRE II
SUR L'ENVERGURE DE L'UNIVERS


 Dès qu’on a pensé quelque chose, chercher en quel sens le contraire est vrai.
 Simone Weil, La pesanteur et la grâce

L’ESPACE-TEMPS ET L’UNIVERS AVANT LE BIG BANG

C’est en usant adéquatement de la loi ou de la logique des contraires et des réalités liées à la symétrie qui y est impliquée que nous pouvons nous faire une bonne idée de ce qu’était l’univers avant le big bang. Nous nous sommes d’ailleurs servis de ces outils intellectuels de déduction pour conclure que si l’univers est en expansion et qu’il refroidit, c’est qu’il devait au contraire être dense et chaud à l’origine, ou encore que s’il grandit et s’assombrit, c’est qu’il devait au contraire être plus petit et plus lumineux auparavant. Voilà qui est un raisonnement logique assez élémentaire, mais il semble qu’il manque un bout à notre fil conducteur lorsqu’il s’agit d’aller plus loin dans ce sens, en supposant qu’il existe encore là une matière à réflexion qui n’attend que sa juste considération.

   
    Par cette même logique, nous nous imaginerons un univers qui est vraiment le contraire du nôtre et verrons jusqu’à quel point il peut être vrai. Celui-ci ne se limitera donc pas à être plus petit, plus dense et plus lumineux par opposition à l’étendue déliée et obscure de notre univers actuel, les lois de la contradiction sont beaucoup plus structurées que cette simple déduction. Par ailleurs, il ne faudrait pas nous sentir dépossédés à l’approche d’énoncés contraires à ce qui est actuellement admis comme étant des connaissances acquises, si nous utilisons la logique des contraires comme critère de certitude, nous pouvons aussi nous attendre à être contrariés dans nos convictions les plus profondes.


    Pour créer deux univers contraires à partir d’un seul, il nous faut opposer les deux constituants les plus fondamentaux qu’il comporte, qui ne sont pas le tout et le rien que nous opposons parfois pour départir notre univers de son origine inconnue puisque le rien n’existe pas dans le modèle que nous étudierons. Ce sont deux composants bien concrets dans un certain sens et j’ai nommé la matière et l’espace. Considérons-les ainsi : l’espace s’oppose nettement à la matière comme l’infini s’oppose au fini et la matière s’oppose nettement à l’espace comme le fini s’oppose à l’infini. De là, les conditions de la matière et celles de l’espace se trouvent stricto sensu opposées !

    Plus l’espace prend de l’expansion, plus les galaxies s’éloignent les unes les autres et plus elles rapetissent visuellement. Qu’il s’agisse d’un soleil, d’un système solaire ou d’une galaxie, si l’espace s’étendait à l’infini, ces objets finiraient par devenir aussi invisibles par rapport à cette étendue que les atomes le sont pour nous. Mais si l’éloignement des objets les fait rapetisser, leur rapetissement les fait également s’éloigner, et si leur rapprochement les fait grossir, leur grossissement les fait également se rapprocher. Donc, à l’opposé d’un univers dans lequel la matière rapetisse à mesure que l’espace prend de l’expansion, nous pourrions très bien avoir affaire à un univers dans lequel l’espace prend de l’expansion à mesure que la matière rapetisse.

    Cette hypothèse a déjà été proposée mais, pour diverses raisons, elle ne tient pas la route. Que ce soit vraiment le contenant qui grandisse en vue de faire rapetisser le contenu ou le contenu qui rapetisse en vue de faire grandir le contenant, ce n’est pas tant le fait qu’à vue d’œil les objets rapetissent à mesure que l’espace grandit qui compte, mais que la matière régresse à mesure que l’espace progresse, voilà qui est différent ! Toutefois, cela nous amène à nous demander si ce ne serait pas plutôt l’espace qui progresse à mesure que la matière régresse.

    Ce que nous entendons par la régression de la matière, c’est le cheminement qu’elle effectue à partir de son état le plus chaud et le plus léger jusqu’à son état le plus froid et le plus lourd, de sa condition originelle à sa condition actuelle. Bien avant que la matière se soit transformée pour produire des objets et des êtres, elle n’était qu’énergie: la matière est de l’énergie refroidie. Or cela nous conduit à cette autre question : du passage de cet état de pure énergie à celui que nous connaissons aujourd’hui, ne serait-ce pas plutôt une évolution et une progression de la matière qu’une régression ? Eh bien, la réponse est à mi-chemin car elle a régressé au départ et progressé ensuite – à compter de la formation des premiers soleils. Cependant, elle n’aurait pas pu évoluer sans régresser d’abord.

    Au moment du big bang, l’univers débordait de chaleur, de lumière, d’énergie et de matière légère et volatile qui ne laissèrent aucun espace vide. Plus cette matière se contractait, plus elle perdait de l’expansion pour devenir plus froide, plus lourde, plus dense : le froid donne de la densité à la matière, autrement dit, il la matérialise. Simultanément, l’espace se délayait et prenait de l’expansion... Tandis que la matière se contractait, l’espace se décontractait.

    Lorsque la matière perd de l’expansion, l’espace, lui, n’en perd pas ; au contraire, il en prend. Lorsque l’espace prend de l’expansion, la matière, elle, n’en prend pas ; au contraire, elle en perd.

    L’expansion originelle de la matière et sa contraction actuelle qui s’opposent à la contraction originelle de l’espace et à son expansion actuelle seraient de même envergure. Notre espace prendrait donc de l’expansion pour couvrir la même étendue que celle que couvrait la matière avant lui. C’est dire que l’espace s’est mis à progresser à mesure que la matière s’est mise à régresser.

    Il est habituel de se représenter le début de notre univers par un point infiniment petit qui aurait enfermé en une densité toute aussi infinie le volume entier de l’espace et de la matière qui forment notre univers. Sauf que la matière et l’espace ne semblent pas vouloir être infiniment denses en même temps : les deux semblent plutôt évoluer à contre-courant l’un de l’autre. Si l’un est infiniment dense et infiniment petit, l’autre doit être infiniment léger et infiniment grand.


    Reproduisons la scène du big bang à rebours, selon ce qu’il est convenu d’appeler le big crunch, et cela non pas pour décrire l’univers comme il sera mais pour avoir une meilleure idée de ce qu’il était. Dans cette condition, à mesure que la matière contracterait l’espace, sa température augmenterait et elle se dilaterait au point de perdre toute sa densité matérielle pour se transformer en énergie pure… Ultimement, alors que l’espace se serait réduit en une contraction et une densité infinies, la matière atteindrait une expansion et une légèreté infinies qui l’expulserait hors de cet espace alors réduit à rien. Nous présumerons que cette matière était effectivement là avant notre espace, avant notre univers, donc avant le big bang qui donnera libre cours à notre espace et à notre univers. Une fois fermé, bouclé et ramené à rien, notre espace ne nous permettrait pas de voir cette matière qui est de l’autre côté de lui. Nous n’en recevrions la décharge que lorsque notre espace s’ouvre pour prendre de l’expansion et se voir remplir de cette matière […].

    Ce qu’il y a à retenir de cela, c’est que la matière et l'espace forment deux entités qui n’évoluent pas parallèlement : plus l’une régresse, plus l’autre progresse. De plus, un élément nouveau s’y ajoute, à savoir qu’il existerait une matière implicite qui serait très décontractée, aussi légère que notre espace, et qui aurait existé avant lui. Mais toute cette symétrie cache une asymétrie révélatrice. Pour la découvrir, il nous faut impliquer dans nos calculs cette matière tacite que nous appellerons  – faute de mieux – l’essence de la matière ou la matière première dont le repaire se situerait de l’autre côté de notre univers, avant le big bang.

    Sur cette base, nous pouvons facilement imaginer que les lois de notre physique n’ont pas de prise sur cette matière qui aurait l’inconsistance de notre espace. Elle ne serait donc ni énergique, ni particulaire, et ne représenterait pas une densité infinie de la matière mais plutôt la dilatation infinie de celle-ci, jusqu’à y faire régner, au cœur même de cet univers qu’elle emplit et qui est de l’autre côté du nôtre, un calme tel qu’on ne peut se l’imaginer.

    La matière, dans tous ses états, nous apparaît chaude et gazeuse, tiède et liquide, froide et solide. Elle est lumière et obscurité, temps et température, vibrations et ondes. Elle est faite d’espace, d’énergie, de particules, d’esprit, de corps, d’objets, d’une variété de choses en somme ! Mais toutes ces consubstantialités ne représentent toujours pas l’identité de la matière. Malgré ses multiples facettes que nous sommes à même de connaître, nous ne savons pas ce qu’elle est, nous ne connaissons pas sa véritable nature ni son origine. Aussi, lorsque nous parlerons de la matière, il ne faudra pas visualiser quelconque énergie, particule, objet ou état de chose. La matière est tout cela mais elle est bien plus que cela encore et rien de tout cela aussi. Elle n'est pas toujours effective, voire tangible, selon ce que nous entendons comme étant communément matériel, sans pour autant être autre chose que cette même matière qui est dans notre espace comme en dehors de lui. Pour mener à bien ce discours, il importe de ne pas avoir d’idées préconçues sur ce qu’est la matière pour l’instant […].





EXTRAITS DIVERS



Le big bang serait une sorte de chenal qui relierait deux hémisphères décrivant l’univers dans son ensemble où ce qui nous est visible ou accessible ne représenterait que les limites qui circonscrivent cette moitié de l’univers dans laquelle nous sommes.

***

Notre univers ne provient pas de nulle part pour se propager partout, il provient de partout et ne se propage nulle part.


***

Outre la répartition de l’espace et de la matière, il y en a également une à faire entre l’espace et le temps, mais cela revient au même
puisque nous verrons que les rapports entre l’espace et la matière sont sensiblement les mêmes entre l’espace et le temps. Tout d’abord, l’espace et le temps se rassemblent en un seul et même concept. C’est le continuum espace-temps introduit par Minkowski, en 1908, conformément à la géométrie de l’espace et du temps avancée par Einstein – lorsqu’il formula sa théorie sur la relativité restreinte, en 1905. Ainsi, l’éloignement est une distance attribuée à l’espace qui fait qu’une galaxie peut être loin devant nous ou loin derrière. Cette distance est aussi attribuée au temps qui fait qu’un milliard d’années peut être loin devant nous ou loin derrière; c’est la distance entre deux points dans l’espace et celle entre deux points dans le temps. Elles diffèrent l’une de l’autre en ce qu’une distance dans l’espace implique un temps différent du temps et qu’une distance dans le temps implique un espace différent de l’espace.
   
    Autrement dit, l’espace emploie le temps, un espace dans lequel nous introduisons la vitesse et une règle de distance en centimètres, en mètres ou en kilomètres et la durée en secondes, en heures ou en années… Par exemple, si vous marchez pendant une minute, peu importe la vitesse et la distance, l’espace que vous avez parcouru se calcule en temps, en temps-espace (temps accordé à l’espace parcouru). Mais le temps emploie aussi un espace. Par exemple, si vous demeurez immobile pendant une minute, le temps que vous avez traversé se calcule en espace, en espace-temps (espace accordé au temps écoulé). Quinze milliards d’années nous séparent de l’origine de l’univers, mais cette séparation, qui constitue la distance qui nous en éloigne, se calcule en espace-temps, non en temps-espace. En d’autres termes, nous ne pouvons pas prendre un vaisseau et nous rendre jusqu’au big bang car l’espace qui nous sépare de lui est l’espace accordé au temps – et non le temps accordé à l’espace où nous pouvons toujours nous rendre d’un point à un autre en un certain laps de temps […].

     Si, dans le premier concept, une horloge atomique accumule plus de temps à haute altitude, là où le champ gravitationnel est moins important, dans le second elle accumulera plus de temps à haute vitesse, conformément à la relativité générale d’une part (l’espace dans la matière) et restreinte de l’autre (la matière dans l’espace).

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Jadis, l'obscurité était intérieure et la lumière extérieure, alors qu’aujourd’hui c’est la lumière qui est à l'intérieur et l'obscurité à l'extérieur. Il n’y a pas de lumière autour de notre univers comme il n’y avait pas d’obscurité autour de lui avant que ne naisse le nôtre. Ainsi en est-il de l’espace confiné dans la matière et de la matière confinée dans l’espace, de l’espace alloué au temps et du temps alloué à l’espace, chaque concept n’étant jamais qu’une transposition de deux entités se retrouvant mutuellement l’une dans l’autre. Au tout début, la matière était à l’extérieur de l’espace et l’espace à l’intérieur de la matière, alors qu’aujourd’hui c’est l’espace qui est à l’extérieur de la matière et la matière qui est à l’intérieur de l’espace. Il n’y a pas de matière autour de notre espace, cela parce qu’elle est en dedans de lui, mais auparavant il n’y avait pas d’espace autour de la matière, ce parce qu’il était en dedans d’elle !

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En d’autres termes, suite au big bang, la matière originelle se serait vidée de son espace intérieur pour donner lieu au vide de son espace extérieur. Notre espace serait donc sorti de cette matière comme un effluve. Il en constituerait en qu